Gestionnaire de laboratoire dans une entreprise innovante, elle allie rigueur scientifique et engagement environnemental. Vice-présidente du think tank The Greenshark, elle milite aussi pour la sensibilisation aux enjeux écologiques, notamment en Côte d’Ivoire. Elle partage une vision lucide et pragmatique de l’écoféminisme, croit en la force de l’éducation et de la transmission et transforme l’écoanxiété en action concrète. À travers son parcours, elle incarne une génération déterminée à ne plus attendre le changement, mais à militer pour le construire.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?
J’ai débuté ma carrière au sein de l’industrie pétrolière comme ingénieure procédé et j’y suis restée de nombreuses années. Par la suite, j’ai pris connaissance de la menace pesant sur l’intégrité de notre environnement en raison des activités industrielles intenses. Dès lors, j’ai entrepris de nombreux changements qui ont impacté tous les aspects de ma vie, dont l’orientation de ma carrière. J’ai compris que je voulais contribuer à la lutte pour protéger notre environnement avec ma profession. C’est donc avec une grande fierté que j’ai rejoint, il y a quelques années, une jeune entreprise qui croit en la possibilité de rendre le secteur de la construction beaucoup plus durable. Une entreprise innovante spécialisée dans la production de bétons à faible empreinte carbone, obtenus par minéralisation du CO₂. J’y suis rentrée comme ingénieure en recherche & développement. Aujourd’hui, je suis gestionnaire de laboratoire au sein de cette même entreprise. Ce rôle me permet d’allier mon intérêt pour la gestion et la rigueur scientifique tout en m’assurant d’avoir un impact environnemental concret.
Parallèlement, je suis vice-présidente du think tank The Greenshark, qui traite les problématiques environnementales et fait la promotion de comportements écoresponsables, notamment en Afrique francophone.
Qu’est-ce qui vous a amenée à réorienter votre parcours vers le développement durable ?
Cela ne s’est pas fait soudainement, mais ça a été plutôt une prise de conscience progressive. Après avoir pris un cours sur les outils de développement durable pour l’ingénieur, ma conscience écologique a été éveillée et j’ai trouvé que je ne devais pas être à l’écart du mouvement vers la transition écologique. Lors de mes expériences professionnelles dans le domaine des industries lourdes, j’ai réalisé à quel point l’industrie pouvait être à la fois un moteur de développement et une source majeure d’émissions. C’est une dualité qui m’a profondément interpellée. J’ai fait le choix d’utiliser l’ingénierie comme levier de transition plutôt que comme facteur d’impacts négatifs pour notre environnement. Le développement durable est devenu, pour moi, la suite logique d’un parcours technique orienté vers la recherche de sens et de solutions.
Comment votre expérience en ingénierie influence-t-elle votre approche des enjeux environnementaux ?
Mon regard d’ingénieure m’amène à aborder les enjeux environnementaux avec rigueur, méthode et réalisme. Je crois qu’il est essentiel de concilier vision et faisabilité : la durabilité ne peut pas rester un idéal abstrait, elle doit se traduire en actions mesurables, en indicateurs concrets, en innovations reproductibles. Mon approche est donc très ancrée dans l’expérimentation et la preuve par les résultats. L’ingénierie m’a aussi appris à travailler dans des systèmes complexes, à chercher des compromis intelligents et à penser en termes de cycles de vie et d’efficacité globale.
Pourquoi est-il important pour vous de continuer à sensibiliser, même à distance, en Côte d’Ivoire ?
La Côte d’Ivoire, comme beaucoup de pays africains, fait face à des défis environnementaux considérables, mais elle regorge aussi de créativité, d’énergie et de potentiel. Même à distance, je ressens à la fois une responsabilité et une fierté à contribuer à la sensibilisation des jeunes générations. Je suis convaincue que mieux comprendre les enjeux environnementaux suscitera l’action. En leur donnant accès à l’information et aux outils, les jeunes s’impliquent davantage dans la recherche de solutions locales et l’impact collectif devient plus fort.
Que diriez-vous à une jeune femme qui hésite à s’engager dans votre domaine ?
Je lui dirais que sa place est légitime et nécessaire. Le domaine de la transition écologique a besoin de diversité de parcours, de perspectives et de sensibilités. Les femmes y apportent souvent une approche plus holistique, plus ancrée dans le lien entre humain et environnement. Je lui conseillerais de ne pas attendre d’être “parfaite” pour commencer, mais plutôt d’oser apprendre, d’oser questionner et d’oser créer. L’impact ne naît pas toujours d’un grand geste, mais d’une succession de petits choix cohérents et courageux.
Comment sensibiliser davantage les jeunes aux possibilités offertes par les métiers liés à la transition écologique ?
Je pense qu’il faut changer la manière dont on parle de ces métiers. Trop souvent, la transition écologique est perçue comme un sacrifice ou une contrainte, alors qu’elle est une formidable opportunité d’innovation et de création d’emplois porteurs de sens. Il faut donner envie, inspirer, montrer des parcours concrets et accessibles. L’éducation, les médias et les réseaux professionnels ont un rôle clé à jouer pour rendre ces métiers visibles et attractifs. Et surtout, il faut impliquer les jeunes eux-mêmes dans la construction des solutions : découvrir sa voie passe aussi par le passage à l’action.
Quelle place accordez-vous à l’éducation et à la transmission dans votre engagement ?
L’éducation et la transmission sont au cœur de tout ce que je fais. C’est d’ailleurs ce qui a motivé mon adhésion à The Greenshark, pour contribuer à rendre la connaissance environnementale accessible à tous. Je crois profondément que le savoir est un moteur de transformation. Transmettre, c’est aussi une façon de prolonger son engagement dans le temps, en donnant à d’autres les moyens d’aller plus loin que nous. On perpétue ainsi le désir d’engagement ; selon moi, c’est là que se trouve le vrai impact durable.
Quelles sont vos stratégies pour lutter contre l’écoanxiété ?
Pour moi, l’action est le meilleur remède à l’écoanxiété. M’impliquer activement dans des projets qui ont un impact tangible m’aide à canaliser mes inquiétudes en énergie constructive. À travers mes implications sociales et mes initiatives de sensibilisation sur notre partition à jouer pour la protection de notre environnement, je transforme cette anxiété en engagement. Se rappeler également qu’on n’agit pas seul redonne aussi du sens et du courage.
Écoféministe ou pas ?
Être écoféministe, selon moi, c’est promouvoir un modèle de société fondé sur la solidarité et la durabilité, en rupture avec les logiques de domination des femmes. Je crois profondément que les luttes pour la justice environnementale et pour l’égalité de genre sont indissociables. Les femmes sont souvent en première ligne face aux impacts du changement climatique ; il est donc important qu’elles soient aussi au cœur des solutions. Alors, oui, je me reconnais dans une approche écoféministe pragmatique.
Qu’est-ce que le Réseau des femmes en environnement représente pour vous ?
Le Réseau des femmes en environnement représente pour moi un espace de collaboration et d’influence positive. C’est un lieu où les expertises féminines s’expriment pleinement et se transforment en actions collectives à fort impact. Rejoindre ce réseau, c’est affirmer qu’en tant que femme, nous avons un rôle essentiel à jouer dans la transition écologique, non seulement comme actrices, mais aussi comme décideuses et modèles de leadership durable.
Pouvez-vous nous parler de vos projets à venir en lien avec l’environnement ?
Plusieurs projets me tiennent particulièrement à cœur. Avec The Greenshark, le think tank dont j’occupe la vice-présidence, nous préparons la publication de divers rapports stratégiques sur les possibilités de la mobilité électrique et du marché carbone en Afrique de l’Ouest, particulièrement en Côte d’Ivoire. Nous travaillons aussi sur le programme “Green Culture”, une série de contenus éducatifs pour vulgariser les concepts clés du développement durable et sensibiliser le plus de personnes à l’urgence climatique.
Sur le plan professionnel, je poursuis mes travaux de recherche appliquée sur la valorisation du CO₂ et des sous-produits industriels dans la fabrication de bétons écologiques.
S’il y a une question que vous souhaiteriez que l’on vous pose, c’est le moment !
La question qui me vient en tête est la suivante : « Qu’est-ce qui vous donne encore de l’espoir dans le contexte actuel ? » Ce qui me donne de l’espoir, c’est l’émergence d’une génération lucide, créative et déterminée, qui ne se contente plus d’attendre le changement, mais qui le construit. Chaque jour, je croise des personnes qui innovent, éduquent, militent, cherchent des solutions. Cette énergie collective me rappelle que le futur n’est pas écrit : il se bâtit, ensemble.