Fondatrice de Yanél Cosmétique Nutritive, Anaju Enciso développe des soins naturels et biocompatibles inspirés de son parcours en écologie, en formulation cosmétique et en engagement communautaire.
De 2015 à 2023, elle a créé et dirigé un marché mensuel à Puebla, au Mexique, rassemblant des exposant·e·s offrant des produits zéro déchet, biologiques, locaux et faits à la main, créant ainsi un espace de partage qui a dynamisé l’économie locale.
Après avoir accompagné plusieurs entreprises dans leur transition vers des pratiques plus durables, elle poursuit aujourd’hui sa mission à travers une cosmétique éthique, respectueuse de la peau et de l’environnement.
Qu’est‑ce qui t’a d’abord amenée à t’intéresser au zéro déchet et au développement durable?
Depuis toute petite, j’ai toujours ressenti un lien profond avec la nature. Sa beauté, sa fragilité, son équilibre… tout cela m’habitait déjà.
À l’école primaire, je me souviens avoir organisé le tri des déchets. À l’époque, le recyclage nous semblait être la grande solution écologique. Je voulais déjà agir, même à mon échelle d’enfant.
En 2011, ma vision s’est transformée. J’ai découvert le compostage, les toilettes sèches, l’achat de seconde main, le zéro déchet… Et j’ai compris que le véritable changement commence par la réduction à la source.
En 2015, cette prise de conscience est devenue un engagement concret. J’ai commencé à incarner cette philosophie au quotidien.
Comment est née l’idée de créer un espace communautaire autour de l’écologie et du zéro déchet?
En tant que consommatrice, vivant dans une grande ville du Mexique, il m’était très difficile de trouver en un seul endroit tout ce dont j’avais besoin, avec les caractéristiques essentielles pour moi : en vrac, biologique, local…
Cette dispersion rendait les gestes écologiques plus complexes à maintenir au quotidien. J’ai alors compris que le défi n’était pas seulement personnel. Ce n’était pas uniquement une question d’accès pour moi, mais pour toute la communauté.
Je ne voulais pas simplement consommer autrement. Je voulais contribuer à rendre ces choix accessibles, humaniser le commerce, créer des liens et partager des connaissances.
Imaginer un espace qui réunit produits, services et éducation me semblait porteur d’espoir et de solidarité.
Qu’est‑ce que cette expérience t’a appris sur l’entrepreneuriat et le travail avec les producteurs locaux?
Elle m’a appris à être débrouillarde, à faire plus avec moins, et à transformer les contraintes en opportunités. J’ai compris que les ressources ne sont pas seulement matérielles ou financières, mais qu’elles sont aussi humaines, relationnelles et créatives.
Travailler avec des producteurs locaux m’a permis de réaliser que, derrière chaque initiative, chaque entreprise, se cachent des heures invisibles d’engagement, de réflexion, d’apprentissage, d’erreurs et d’ajustements.
Mais surtout, il y a des rêves.
Des rêves portés avec courage.
Et cela m’a enseigné une vérité essentielle : entreprendre, c’est prendre soin — des relations, des valeurs, du territoire et des personnes qui y contribuent.
Quel impact ce projet a‑t‑il eu sur la communauté?
Ce projet a rapidement dépassé tout ce que j’avais pu imaginer. À Puebla, au Mexique, il est devenu un véritable point de rencontre pour découvrir l’importance de repenser son mode de vie. Peu à peu, une communauté forte, solidaire et passionnée s’est construite.
Nous organisions des nettoyages dans la ville, des échanges, des ateliers de compostage, des sessions de transition vers le zéro déchet, des initiatives de récupération des eaux de pluie, et des activités autour du potager urbain, accessibles à tous les âges. Chaque action, chaque rencontre, créait du lien et nourrissait l’envie d’agir ensemble.
J’ai accompagné plus de 50 micro et petites entreprises dans leur transition vers des pratiques socialement et écologiquement responsables. Cela ne concernait pas seulement l’environnement : nous avons également montré que ces pratiques pouvaient être économiquement viables, en optimisant les ressources, réduisant les coûts liés aux déchets et en créant de nouvelles opportunités commerciales.
Dans cette ville, le concept de zéro déchet est devenu concret : de nouvelles boutiques en vrac ont vu le jour, certaines enseignes existantes ont renoncé aux emballages jetables, et l’économie locale s’est enrichie grâce à ces initiatives durables et responsables.
Ce mouvement n’est pas resté local. Il a inspiré la création d’espaces similaires à travers tout le pays, prouvant que l’engagement collectif, allié à une approche économique réfléchie, peut transformer un territoire et la vie de ses habitants.
Comment est né le projet d’entreprise Yanél Cosmétique Nutritive et qu’est‑ce qui t’a inspirée à te lancer dans la création de cosmétiques naturels?
Je possède une peau très sensible et réactive ; les allergies cutanées faisaient partie de mon quotidien : je ne pouvais ni me maquiller ni appliquer certains produits sur ma peau.
Cette expérience personnelle m’a poussée à mieux comprendre les ingrédients que j’appliquais. J’ai alors suivi une formation en chimie et formulation cosmétique, ce qui m’a permis de développer des produits parfaitement adaptés à ma peau. Pour la première fois, j’ai pu établir une routine de soins et de maquillage qui me convenait pleinement.
La pandémie m’a offert le temps et l’espace pour réfléchir à mon développement professionnel et a révélé en moi un désir profond : offrir à d’autres personnes ayant une peau sensible la possibilité de trouver des produits biocompatibles, sûrs et naturels, capables de protéger leur peau tout en leur permettant de se maquiller et de prendre soin d’elles.
Lorsque j’ai développé le concept, il m’a semblé évident que l’entreprise devait refléter au maximum mes valeurs personnelles. C’est pourquoi ancrer le projet dans une logique d’économie circulaire m’a paru tout à fait naturel.
Concrètement, cela se traduit à chaque étape : je privilégie des ingrédients biosourcés, je sélectionne des ingrédients locaux, ainsi que des légumes et des fruits de saison rescapés grâce à notre partenariat avec Le Projet Zéro Déchet, une autre entreprise locale très engagée dans la réduction du gaspillage alimentaire. Je cherche constamment à limiter l’impact environnemental de nos processus de production. Cette perspective guide également nos choix de partenaires et la manière dont nous concevons nos produits, pour que chaque geste, chaque achat, ait du sens et contribue à un cycle durable.
Pour moi, intégrer ces principes dans Yanél Cosmétique Nutritive n’est pas seulement une question d’écologie : c’est une manière de créer une entreprise cohérente, responsable et porteuse de valeurs qui ont du sens pour moi et pour nos clientes.
Quelles valeurs guident tes choix d’ingrédients et de partenaires?
Je choisis des ingrédients d’origine naturelle qui soient également biocompatibles, c’est‑à‑dire capables de s’adapter aux caractéristiques de la peau, comme le pH, le type de sébum ou la sensibilité cutanée. Cette approche permet de réduire au minimum les risques d’allergies et d’irritations, tout en respectant l’équilibre naturel de la peau.
Au-delà des ingrédients, je sélectionne mes partenaires avec le même souci de cohérence et d’éthique : ils partagent mes valeurs en matière de durabilité, de responsabilité sociale et de respect de l’environnement. Chaque collaboration est pensée pour soutenir une chaîne de production locale, transparente et respectueuse, afin d’offrir des produits sûrs, efficaces et responsables.
Comment arrives‑tu à concilier tes convictions écologiques avec les contraintes matérielles, comme les emballages?
À vrai dire, je suis en train de le découvrir (rires). Justement, c’est un défi important pour moi en ce moment : je travaille actuellement avec des emballages en carton recyclable qui ne répondent pas à mes critères créatifs et qui ne sont pas très pratiques à l’usage.
Je suis donc à la recherche de nouvelles solutions d’emballages, qui soient à la fois fonctionnelles, esthétiques et alignées avec les valeurs de Yanél Cosmétique Nutritive. Le principal obstacle est que les fournisseurs proposant les emballages que je souhaite exigent un minimum d’achat très élevé — jusqu’à 10 000 unités — ce qui freine considérablement mes possibilités pour le moment.
Comment souhaites‑tu que tes produits contribuent à changer la relation des femmes au maquillage?
Pour moi, changer la relation des femmes au maquillage commence par l’information. Je veux qu’elles disposent de données sérieuses et scientifiques sur les ingrédients nocifs présents dans la majorité des produits cosmétiques sur le marché, afin qu’elles puissent faire des choix éclairés pour leur santé. Mon objectif est de les encourager à pratiquer un achat conscient, à réfléchir à ce qu’elles appliquent sur leur peau et à privilégier le bien-être avant tout.
Mais mon engagement va au-delà des produits eux-mêmes. À travers Yanél Cosmétique Nutritive, je souhaite transmettre des valeurs d’amour-propre, d’acceptation et d’authenticité. Je veux que chaque femme célèbre son identité, sa diversité et le privilège de vieillir en bonne santé.
Quel message aimerais‑tu transmettre aux femmes qui souhaitent transformer leur vie ou entreprendre dans un domaine qui leur tient à cœur?
Que ce soit dans la vie ou dans l’entrepreneuriat, je conseille avant tout de s’écouter. Je trouve essentiel d’aligner ses actions avec ce qui résonne profondément en soi, de rester fidèle à ses valeurs et à ses aspirations, de bien s’entourer et de trouver un réseau solidaire qui vous inspire et vous motive.
Comment avez‑vous entendu parler du Réseau des femmes en environnement pour la première fois ?
J’ai entendu parler du Réseau des femmes en environnement grâce à Maude Desbois, qui en est membre et que j’ai eu la chance de rencontrer pour la première fois dans le cadre du projet 8 Mars, Unique et Plurielles, Édition Développement Durable, porté par Ania Ursulet et Karène Jean-Baptiste.
Je suis vraiment très contente d’avoir découvert le Réseau des femmes en environnement. C’est un espace unique qui permet de créer des liens entre femmes engagées, de partager nos connaissances, nos expériences et nos ressources, et de soutenir des initiatives concrètes pour la protection de l’environnement. Pour moi, c’est un vrai lieu de collaboration et d’inspiration, où chaque membre peut grandir, échanger et amplifier son impact écologique et social.