Portrait de membre : Cécile de Villemeur

2 juillet 2026

Portraits de membres

Ingénieure agronome de formation, elle a enrichi son parcours par une maîtrise en énergie, eau et déchets, ainsi que par plusieurs accréditations en certifications environnementales appliquées au bâtiment. Son cheminement l’a menée d’Haïti jusqu’au Québec, où elle s’est installée en 2018 pour développer l’activité d’une filiale au sein d’une firme de génie‑conseil spécialisée en bâtiment durable.

Elle a ensuite choisi de se réorienter vers ce qui l’anime profondément : l’approche régénérative, une approche qui place le vivant au cœur de chaque décision et qui invite à repenser notre relation au monde.

Aujourd’hui entrepreneure, elle accompagne ses clients dans une démarche de reconnexion à leur environnement et à eux‑mêmes. Musicienne dans l’âme, elle intègre également la création sonore à sa pratique, offrant une voie sensible et originale pour favoriser une présence plus consciente à soi et au milieu qui nous entoure.


Comment vos différentes formations, soit comme ingénieure agronome ou en énergie, eau et déchets, ont-elles façonné votre vision de l’environnement et du bâtiment durable ?

J’ai toujours été amoureuse de la nature et des humains. C’est la biologie qui m’a conduite à devenir ingénieure agronome, et j’ai alors pris conscience que l’environnement n’était rien sans les personnes qui l’habitaient : les agriculteurs. J’ai ensuite été travailler en Haïti, et j’ai renforcé là-bas ma conviction que les exigences environnementales ne pouvaient pas être imposées à tous de la même façon. Quand je suis retournée en France, c’est par soucis de légitimité que j’ai fait un mastère “Management Durable de l’Eau, l’Energie et les Déchets”. Je voulais travailler pour l’environnement de façon concrète, dans le quotidien en France, et le bâtiment durable, efficace énergétiquement, était une belle façon d’appliquer concrètement mes valeurs environnementales.

Vous avez travaillé dans les certifications environnementales et développé une filière au Québec. Qu’est-ce qui vous a à la base attirée vers ce domaine ?


Comme je le disais précédemment, c’est le souci d’agir pour l’environnement de façon concrète qui m’a conduite à travailler dans les certifications de bâtiments. L’environnement, ce n’était pas seulement les papillons et les fleurs. Au quotidien, il y avait bien des façons de préserver l’environnement dans la façon dont on construisait et vivait dans les bâtiments.

Vous avez vécu une expérience professionnelle en Haïti. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que cela vous a apporté, autant sur le plan personnel que professionnel ?


Ce séjour a été une expérience forte : j’ai appris à connaître le pays, une nouvelle langue, une autre culture. Et c’était ma première expérience professionnelle : faire des études pour implanter des lacs collinaires (qui pourraient non seulement permettre la pisciculture et l’irrigation, mais aussi le verdissement de tout l’écosystème local). J’ai aussi monté un dossier de financement pour réaliser plusieurs de ces retenues collinaires. J’ai rencontré là-bas mon futur mari et père de ma fille, puis je suis revenue travailler pour une ONG sur un programme de “formations de compétences” : j’ai capitalisé les expériences pratiques de différentes équipes dans le pays.

Qu’est-ce qui vous a amenée à tourner la page sur le monde du bâtiment ?


Les inquiétudes sécuritaires de mon mari m’ont conduite à revenir en France, où j’ai eu de la difficulté à trouver du travail. C’est alors que j’ai décidé de faire un mastère 2, et j’ai eu l’opportunité de travailler pour un bureau d’études en environnement dans le bâtiment, à 15 minutes en vélo de mon domicile. C’était inespéré.

Pouvez-vous nous décrire davantage l’approche régénérative ainsi que la comparaison que vous faites entre les bâtiments et les fleurs ?


L’approche régénérative est celle du vivant. L’institut Regenesis a développé depuis plus de 30 ans toute une réflexion et des outils de pensée pour réapprendre à penser comme le vivant, dont nous faisons partie. C’est une approche qui mêle la permaculture et le développement personnel. On part du principe que les systèmes vivants constituent notre monde, et nous en faisons partie. De la même façon qu’une personne fait partie d’un système (famille) plus grand, lequel est également imbriqué dans un système (ville) plus grand, notre habitat rentre dans ces systèmes vivants. La comparaison d’un bâtiment avec une fleur est donc basée sur cette idée : la fleur est un système vivant, et pourquoi le bâtiment n’en serait-il pas un également ? Comme la fleur, le bâtiment évolue, a besoin d’énergie, d’eau… il produit également des “extrants” : logement, lieu de travail, repos… et il a besoin de soin, d’entretien. Comme on peut envisager la fin de vie de la fleur, qui produira une semence, quelle fin de vie devrait-on prévoir pour les bâtiments ? Quelle semence, quel renouvellement permettront-nous à ce bâtiment ?

Pourquoi l’approche régénérative vous a-t-elle autant touchée ?


L’approche régénérative résonne avec ce qui m’anime profondément : nous faisons partie des écosystèmes vivants, et je veux reconnecter les gens avec ce sentiment d’appartenance et de puissance, car en tant que membre d’un écosystème, nous avons le pouvoir de le faire évoluer, tout autant qu’il nourrit notre mode de vie.
J’aime dire que quand j’ai découvert le Défi du bâtiment vivant, qui comparaît les bâtiments à des fleurs, j’ai pensé que c’était pour moi : une agro qui travaillait dans les bâtiments depuis une dizaine d’années.

Pourquoi avez-vous choisi de vous lancer à votre compte et comment décririez-vous ce que vous proposez à vos clients aujourd’hui ?


Comme je le raconte dans mon livre “L’écologie vous épuise? Habiter, protéger et œuvrer pour notre planète”, je me suis épuisée à obtenir des certifications environnementales pour les bâtiments de mes clients, et je voulais diffuser l’approche régénérative. Écoeurée pour la recherche de profit à court terme, je suis partie à la quête de la construction vivante. Mon souhait est de reconnecter les personnes au vivant, et je propose un accompagnement pour apporter de la clarté aux projets de construction ou de rénovation écologique, afin que les personnes n’aient pas à choisir entre le confort, le coût et la santé, et qu’ils obtiennent tout cela en apportant plus de vitalité au territoire.

Pouvez-vous nous parler davantage de pourquoi la coopération et la co-création sont fondamentales pour vous ?


On entend souvent : “Ensemble, on va plus loin”. Pour moi, c’est même que ensemble, nous formons un tout, une entité vivante. Et chaque membre de l’écosystème est indispensable à l’ensemble. (un corps serait-il le même s’il manquait un de ses organes?). C’est donc à plusieurs que nous pouvons, et nous devons prendre soin de notre écosystème, et le faire progresser vers plus de vitalité, de viabilité, et de capacité d’évolution.

Est-ce que la musique prend une place importante dans votre vie ? Si oui, parlez-nous en davantage !


La musique a toujours fait partie de ma vie : mes parents chantaient beaucoup, les enfants aussi (vive les voyages en voiture), et nous avons eu la chance d’apprendre à jouer d’un instrument. J’ai donc joué du piano toute ma jeunesse. J’ai été enthousiasmée par la musique avec d’autres musiciens ou avec des acteurs. J’ai donc toujours gardé cet amour de la musique, au point que je propose aujourd’hui des ateliers d’écoute du vivant, du paysage, et de cocréation sonore avec les lieux.

Vous venez de publier un livre. À quel type de public le suggéreriez-vous et où peut-on se le procurer ?


Ce livre est une auto-fiction, donc une histoire inventée à partir de mon vécu et illustrée par Anne-Charlotte Vivant. Elle s’adresse à toute personne qui se pose des questions sur la façon de concilier ses valeurs environnementales et sa vie quotidienne. Je suis également heureuse qu’un architecte ait conseillé sa lecture à tous les étudiants en architecture !
Il est publié par Waww Editions, donc disponible sur Amazon en version papier ou électronique, ou sur mon site www.ceciledevillemeur.com/livre ou encore chez ECTO, un espace de coworking coopératif situé au 936, rue Mont–Royal Est à Montréal.

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