Originaire du Pérou, elle détient une formation en ingénierie géographique obtenue dans son pays d’origine, ainsi qu’une évaluation comparative en géographie, spécialisée en environnement. Elle a également complété une maîtrise en gestion d’espaces naturels protégés, réalisée grâce à une bourse prestigieuse.
Son parcours l’a menée au cœur de l’Amazonie, où elle a travaillé avec des communautés autochtones pour protéger des territoires ancestraux, en collaborant notamment avec Conservation International.
Depuis son arrivée au Québec, elle s’implique activement dans plusieurs organisations, en animant des ateliers sur l’écocitoyenneté et en contribuant à des initiatives de transition socioécologique. Convaincue que la protection de l’environnement passe par la participation des communautés, elle continue de tisser des liens entre les personnes et la nature.
Vous avez une formation en ingénierie géographique au Pérou, reconnue au Québec dans le domaine de la géographie. En quoi cette formation a-t-elle influencé votre parcours professionnel et votre engagement environnemental ?
Au Pérou, l’ingénierie géographique est une formation professionnelle qui combine l’étude du territoire, la cartographie, la géomatique, l’aménagement du territoire, la gestion des risques et les enjeux environnementaux. Elle permet d’analyser les relations entre les populations, les ressources naturelles et l’organisation de l’espace.
Au Québec, cette formation a été reconnue dans le domaine de la géographie, ce qui correspond bien à cette approche territoriale. Pour moi, la géographie est un outil pour mieux comprendre les territoires, mais aussi pour agir en faveur de leur protection. C’est cette base qui m’a menée vers la gestion des espaces naturels protégés, le travail avec les communautés et, aujourd’hui, mon engagement dans des initiatives d’écocitoyenneté et de transition socioécologique.
Avez‑vous déjà reçu une bourse dans le cadre de votre parcours ? Si oui, quelle était cette reconnaissance et qu’est‑ce que cela a représenté pour vous ?
Oui. En 2010, j’ai eu la chance de recevoir une bourse complète de la Fundación Carolina, en Espagne, afin de poursuivre le Master interuniversitaire en gestion des espaces naturels protégés, offert conjointement par l’Universidad Autónoma de Madrid, l’Universidad Complutense de Madrid et l’Universidad de Alcalá, en collaboration avec la Fondation Fernando González Bernáldez.
Cette reconnaissance a représenté pour moi bien plus qu’un soutien financier : elle a été une occasion précieuse d’approfondir ma compréhension de la conservation de la nature et de réfléchir à la gestion des aires protégées dans une perspective plus intégrée. Cette formation m’a permis d’élargir ma manière d’aborder le développement des espaces de conservation, en tenant compte non seulement des dimensions écologiques, mais aussi des réalités sociales, territoriales et communautaires.
Ce fut également une expérience humaine très enrichissante. J’ai pu échanger avec des collègues provenant de différentes régions de l’Amérique latine et de l’Espagne, partager des expériences de terrain, comparer nos réalités et apprendre de parcours très diversifiés. De ces rencontres sont nés des liens d’amitié et de collaboration qui, pour certains, perdurent encore aujourd’hui.
Vous avez travaillé directement avec des communautés autochtones en Amazonie pour créer des cartes participatives et définir des espaces ancestraux à protéger. Pouvez‑vous nous raconter une expérience marquante de ce travail et comment cela a influencé votre vision de la protection des espaces naturels ?
Oui, j’ai eu l’occasion de travailler dans des aires de conservation appelées réserves communales, reconnues comme des territoires ancestraux autochtones. Même si ces espaces étaient protégés par l’État, ils reconnaissaient aussi le droit d’usage ancestral des ressources naturelles par les communautés, notamment pour la chasse, la pêche, la cueillette et d’autres activités essentielles à leur mode de vie.
Dans ce contexte, nous avons travaillé directement avec les habitants afin d’identifier, à travers des ateliers de cartographie participative, les zones importantes pour le développement de chaque communauté et pour la protection de leur territoire.
Une expérience qui m’a particulièrement marquée est la manière dont ces communautés vivent en lien étroit avec leur environnement naturel. Elles prennent de la nature seulement ce dont elles ont besoin et partagent les ressources avec l’ensemble de la communauté. Par exemple, lorsqu’une prise de chasse est obtenue, elle est souvent répartie entre les familles du village. De même, la construction des maisons se fait à travers des travaux communautaires, où chacun contribue selon ses capacités. Cette expérience a profondément influencé ma vision de la protection des espaces naturels.
Que représente la participation des communautés locales dans votre façon de travailler et pourquoi est‑ce si important dans la gestion des aires protégées ?
Pour moi, la participation des communautés locales est au cœur de toute démarche de conservation. J’ai compris que protéger la nature ne signifie pas seulement délimiter un territoire sur une carte ou appliquer des règles de gestion. Il s’agit aussi de reconnaître les savoirs locaux, les liens culturels avec le territoire et les modes de vie qui ont permis de préserver ces milieux pendant des générations.
Lorsque les communautés sont écoutées, respectées et intégrées aux processus de décision, elles deviennent des actrices clés de la protection des écosystèmes. Cela favorise non seulement la préservation de la biodiversité, mais aussi le maintien des services naturels essentiels, comme l’eau, les sols, les forêts et l’équilibre des milieux de vie.
Pour moi, une conservation réellement efficace doit donc être participative, humaine et respectueuse des communautés qui habitent ces territoires.
Vous avez travaillé sur des projets d’adaptation aux changements climatiques, notamment face aux inondations au Pérou. Comment vivez‑vous le fait d’arriver au Québec, une autre région où ces enjeux sont bien présents ?
En arrivant au Québec, j’ai constaté que, même si le contexte territorial, climatique et social est très différent de celui du Pérou, plusieurs défis se rejoignent, comme les inondations.
Pour moi, cette continuité entre mon expérience au Pérou et mon engagement au Québec est très significative. Elle me permet de regarder les enjeux climatiques avec une perspective à la fois locale et globale. Chaque territoire a ses propres réalités, mais partout, il est essentiel d’écouter les communautés, de renforcer la prévention et de favoriser des solutions adaptées aux milieux de vie.
Arriver au Québec m’a donc donné envie de continuer à m’impliquer, d’apprendre du territoire québécois et de contribuer, à mon échelle, aux initiatives de transition socioécologique et de résilience collective.
Vous vous impliquez bénévolement dans plusieurs organisations à Longueuil depuis votre arrivée. Qu’est‑ce qui vous a poussée à vous engager si rapidement dans votre communauté ?
Depuis mon arrivée au Québec, j’ai ressenti le besoin de mieux comprendre mon nouveau milieu de vie et de créer des liens avec les personnes qui m’entourent. C’est pourquoi j’ai commencé à m’impliquer dans le jardin collectif de mon quartier, où j’ai pu créer mes premiers liens sociaux. Pour moi, m’impliquer bénévolement à Longueuil a été une façon naturelle de m’intégrer, de découvrir la culture québécoise et de contribuer grâce à mon expérience dans le domaine de l’environnement.
Avec le temps, et avec la conviction que la transition socioécologique se construit à l’échelle locale, avec les citoyennes et les citoyens, je me suis impliquée au comité environnemental du Carrefour le Moutier, où je contribue à la mise en place d’un petit plan d’action environnemental.
Je suis également fière d’être membre de La Planète s’invite à Longueuil, un regroupement citoyen engagé dans la sensibilisation et la transition socioécologique. Ces engagements représentent aussi pour moi le début de mon cheminement professionnel au Québec : une manière de développer un réseau et de contribuer à des actions concrètes.
Vous animez des ateliers sur l’écocitoyenneté avec des femmes immigrantes. Qu’est‑ce qui vous a amenée à vouloir transmettre ces enjeux environnementaux ?
Comme femme immigrante, je connais l’importance de créer des liens et de bâtir une communauté de soutien, surtout entre femmes. Lorsque j’ai commencé à fréquenter le Centre des femmes de Longueuil, j’ai pu constater à quel point ces espaces sont précieux. J’y ai rencontré des femmes courageuses, animées par le désir de s’impliquer et d’agir pour le bien de la société qui les accueille.
Les femmes immigrantes arrivent avec des connaissances, des habitudes et des réalités très différentes, et ces échanges enrichissent la réflexion collective. Pour moi, transmettre ces enjeux, ce n’est pas seulement donner de l’information : c’est créer un dialogue, renforcer la confiance et montrer que chaque personne peut contribuer, à son échelle, à la protection de l’environnement et à la transition socioécologique. Je suis convaincue que l’écocitoyenneté commence par des gestes simples, accessibles et liés à la vie quotidienne.
Comment avez‑vous entendu parler du Réseau des femmes en environnement pour la première fois ?
J’ai entendu parler du Réseau des femmes en environnement pour la première fois à travers mes recherches pour mieux connaître les organismes liés à l’environnement au Québec.
Le Réseau des femmes en environnement m’a tout de suite interpellée, parce qu’il rejoint plusieurs dimensions importantes : l’environnement, la participation citoyenne, l’engagement des femmes et la création de liens entre des personnes qui souhaitent agir concrètement pour un avenir plus durable.